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Philippines : les défenseurs des droits humains appellent à l’aide

6 février 2020

Documenter les violations de droits humains pour lutter contre l’impunité

Aux Philippines, comme ailleurs dans le monde, le pouvoir est désormais entre les mains d’un leader populiste à la rhétorique belliqueuse, hostile aux droits humains et à la société civile. Même au regard d’une tendance mondiale déplorable, le président Eduardo Duterte atteint des sommets délirants en ce qui concerne les atteintes aux droits humains. La guerre contre la drogue et le terrorisme menée depuis plusieurs années se solde par un bilan catastrophique.

La Commission des droits de l’homme aux Philippines a estimé que près de 27.000 personnes ont trouvé la mort.

Les exécutions extra judiciaires perpétrées dans le cadre de cette guerre contre la drogue et le terrorisme se sont en effet multipliées et se poursuivent en toute impunité. A la fin de l’an dernier, la Commission des droits de l’homme aux Philippines a estimé que près de 27.000 personnes ont trouvé la mort.
Duterte continue de profiter de ces « guerres » pour éliminer, torturer ou menacer les acteurs qui le gênent (leaders paysans, prêtres, journalistes, avocats, ...) sans avoir à rendre des comptes. Entre juillet 2016 et novembre 2018, pas moins de 76 défenseurs de l’environnement et 12 journalistes ont été assassinés et beaucoup d’autres sont victimes d’agressions, de menaces et autres formes de harcèlement (harcèlement juridique, emprisonnement sans motif, ...)

Torturés, menacés, assassinés... les défenseurs des droits humains paient le prix fort aux Philippines

Dans ce climat de répression et de terreur, les communautés locales n’osent plus demander justice pour les violations subies, ni s’opposer au gouvernement par peur de représailles. On assiste à une véritable normalisation des violations des droits humains, accentuée par la rhétorique du président Duterte, qui qualifie toute personne défendant les droits humains de « communiste ».

Torturés, menacés, assassinés... les défenseurs des droits humains paient le prix fort aux Philippines  (Crédit : © LAHRA )

Dans ce contexte très difficile, les organisations locales de défense des droits humains tentent de réagir et de venir en aide aux victimes de cette politique de terreur, mais leurs moyens sont limités. Parmi elles, LAHRA (Alliance des défenseurs des droits de l’homme de Lanao) qui travaille inlassablement à défendre les droits des communautés chrétiennes et musulmanes les plus vulnérables du nord de Mindanao, la deuxième île la plus importante de l’archipel. «  Nous ne pouvons pas laisser cette situation perdurer sous peine de voir des abus massifs se perpétrer dans l’indifférence générale », affirme Adona Orquillas, la vice-présidente de LAHRA.

Active depuis 1983, LAHRA milite inlassablement pour le respect des droits humains. A travers l’ONG belge Entraide et Fraternité, l’association bénéficie du soutien de l’Opération 11.11.11.

Face à la politique de Duterte, LAHRA veut lutter pied à pied. Elle a commencé à constituer un véritable réseau de surveillance et de défense des droits humains, piloté à la base par les communautés elles-mêmes. Le projet prévoit de cibler 10 communautés, tant chez les chrétiens que chez les musulmans.

LAHRA pose l’hypothèse que si l’ensemble des communautés locales se soulèvent contre la politique de terreur menée par le président Duterte, contre les violations, celles-ci diminueront.

Documenter les violations de droits humains pour lutter contre l'impunité  (Crédit : © LAHRA )

Concrètement, l’association prévoit de sensibiliser et former 300 personnes (30 personnes par communauté ciblée par le projet). En effet, c’est d’abord le manque de connaissances qui empêche une véritable mobilisation d’une partie de la population contre les violations des droits humains.

Ces personnes auront ensuite pour tâche de sensibiliser les autres membres de leur communauté. LAHRA les aidera en créant une vidéo de sensibilisation, des émissions radios (avec notamment comme invités les leaders des communautés ciblées par le pro- jet), ainsi que des forums publics.

LAHRA veut aussi mettre en place dix nouveaux comités locaux de défense des droits humains. Dans le passé, de tels comités ont eu un véritable impact. Chaque comité sera formé sur les techniques de documentation des violations des droits humains, ainsi que sur les questions de sécurité physique et digitale (comment évaluer les risques, comment formuler des plans et protocoles de sécurité, ...). Un mécanisme de suivi sera mis en place afin de permettre aux comités de relayer au plus vite auprès de LAHRA les différentes atteintes aux droits humains, ainsi que les demandes de réparation des victimes pour les dommages et les violations subies. A terme, ces comités permettront de réduire le climat d’impunité flagrante dans la région.

Les droits humains sont sous pression, en de nombreux endroits du monde. Nos partenaires, aux Philippines, mais aussi au Brésil, au Burundi ou au Burkina Faso travaillent dans des conditions extrêmement difficiles. Parce que les conditions de sécurité mettent leur mission en péril. Et parfois parce que, comme aux Philippines, les autorités elles-mêmes menacent leur sécurité.

Soutenez l'Opération 11.11.11

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