Charte politique

La charte politique du CNCD-11.11.11 et de ses organisations membres., adoptée en juin 2022.

Nous, ONG, syndicats, associations et groupes citoyens engagés dans la coopération internationale en Belgique francophone et germanophone, affirmons vouloir œuvrer collectivement pour coordonner nos efforts en faveur d’un monde juste et durable, ce qui implique l’éradication de la pauvreté, la réduction des inégalités, le respect des limites planétaires et des droits humains.

Notre vision du développement repose sur quatre points cardinaux : l’accomplissement des droits humains, l’extension de la paix et de la démocratie, le respect de l’environnement et de la diversité culturelle. Notre vision est également féministe, afin de donner à l’égalité entre les femmes et les hommes dans toute leur diversité une place à la fois spécifique et transversale.

Nous nous engageons à coordonner nos actions au sein du CNCD-11.11.11 autour de trois missions, liées entre elles :

  1. Sensibiliser les citoyens et citoyennes aux enjeux mondiaux par l’organisation de campagnes communes d’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire (ECMS) ;
  2. Interpeller les responsables politiques en vue d’orienter leurs décisions en faveur d’un monde juste et durable ;
  3. Soutenir les stratégies de développement durable des organisations partenaires de la société civile du Sud, notamment financièrement en organisant chaque année l’Opération 11.11.11.

Les crises mondiales sont des tests de solidarité internationale

Nous faisons face à une multitude de crises mondiales qui nécessitent de renforcer la coopération internationale pour construire un monde juste et durable : crise sanitaire avec la multiplication des zoonoses et la pandémie de Covid-19 qui a exacerbé toutes les formes d’inégalités ; crises financières à répétition provoquant des récessions qui débouchent sur des politiques contreproductives d’austérité ; crise sociale liée à l’exacerbation mondiale des inégalités sociales ; crise de légitimité de la démocratie et montée des nationalismes exaltant le repli identitaire au détriment de l’universalité des droits humains ; crise d’humanité menant à des politiques migratoires contraires aux droits humains ; crise géopolitique face au décentrage du monde et aux rivalités interétatiques croissantes ; crise environnementale illustrée par le dérèglement climatique, la destruction de la biodiversité et l’épuisement des ressources ; crises alimentaires dans un monde produisant pourtant suffisamment pour nourrir l’ensemble de l’humanité.

Ces crises multiples sont liées entre elles et trouvent leurs fondements dans le modèle économique et social imposé par les pays du Nord, depuis les ruptures qu’ont représenté la colonisation, associée à l’extermination des populations indigènes et à l’esclavage de masse, et la Révolution industrielle, qui a fait exploser les inégalités sociales et internationales tout en entraînant le dépassement des limites planétaires par l’exploitation massive des énergies fossiles (charbon, gaz et pétrole) et la destruction de la biodiversité. Il se prolonge aujourd’hui dans les relations néocoloniales dont témoignent par exemple les accords commerciaux inégaux, les conditionnalités macro-économiques imposées par les bailleurs ou l’externalisation des politiques migratoires. La justice dans les relations internationales, la justice sociale et la préservation de l’environnement sont donc intrinsèquement liées, raison pour laquelle nous revendiquons un monde juste et durable.

L’ère des pandémies et des dérèglements climatiques démontre qu’il est illusoire de promouvoir un modèle de développement fondé sur la destruction des écosystèmes. La priorité consiste à concrétiser l’Agenda 2030 des Objectifs de développement durable des Nations Unies.

Le renforcement de la coopération internationale est une nécessité non seulement pour répartir les richesses, les efforts et le pouvoir de décision entre les pays enrichis et ceux qui ont été appauvris par la mise en place d’un système international inégalitaire, mais aussi pour régler par le biais de partenariats globaux des problèmes communs comme les pandémies ou le dérèglement climatique. Les enjeux des changements climatiques, des inégalités mondiales et des pandémies sont des tests de solidarité internationale dans un monde interdépendant. Chacune et chacun est concerné par ces problématiques d’ordre systémique qui ont des impacts tant au Sud qu’au Nord.

Le rôle des organisations de la société civile pour un monde juste et durable

Le monde de la coopération internationale doit évoluer et s’inscrire dans l’évolution du contexte international et des relations égalitaires entre les peuples. Dans ce contexte, les ONG et les autres organisations de la société civile (OSC) doivent adapter leurs modes de pensée et d’action.

Les OSC disposent de solides atouts pour contribuer à un monde juste et durable  : elles sont des laboratoires d’idées et des productrices de valeurs dans un monde en perte de sens ; elles ont accumulé une solide expérience en matière de partenariats et de réseaux internationaux ; elles disposent de structures leur permettant de s’adapter à des contextes fragiles et à des situations de crise ; elles ont les capacités pour mobiliser les citoyennes et citoyens et faire reposer leurs actions sur une large base sociale. En particulier, les contextes de fragilité appellent à un dialogue renforcé entre acteurs étatiques et société civile, dans le respect des mandats de chacune et chacun, et ce de manière à permettre d’agir en complémentarité en vue de la construction d’institutions démocratiques, transparentes et redevables, capables de garantir l’universalisation des droits humains et la réalisation des Objectifs de développement durable.

Fortes de ces atouts, les OSC peuvent jouer plusieurs rôles de premier plan dans l‘agenda du développement durable : celui de contre-pouvoir démocratique et de plaidoyer envers les gouvernements et les entreprises en faveur d’un monde juste et durable ; celui de l’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire (ECMS) envers les citoyennes et citoyens afin de les sensibiliser aux enjeux mondiaux et de consolider des réseaux de volontaires dynamiques ; celui de la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes, de l’empouvoirement et des droits des femmes ; celui du partage des savoirs et de coproduction de services et de biens publics dans le cadre de partenariats internationaux multi-acteurs, notamment en matière de protection sociale, de santé publique, de souveraineté alimentaire, de justice, d’environnement et de travail décent ; celui de l’aide humanitaire envers les populations victimes des conflits, de toutes formes de violences (traite des êtres humains, violence intrafamiliale, exploitation sexuelle,...) et des catastrophes naturelles ; celui d’actrices et d’acteurs de changement social en donnant du sens à l’action collective, en renforçant les mouvements sociaux et les citoyennes et citoyens dans leur propre société et en les articulant à l’échelle internationale à travers des partenariats construits sur un pied d’égalité et des coalitions larges d’OSC respectant les spécificités de chacune. Dans tous ces domaines, notre approche est de garantir l’universalisation des droits humains sur base de la solidarité et de la justice.

Dans la coopération internationale du 21e siècle, l’ancrage social des OSC est une nécessité absolue pour garantir à leurs actions des soutiens populaires et financiers suffisants et être en capacité de construire à l’échelle locale, nationale et internationale des partenariats, des alliances et des coalitions larges et représentatives. En tant que contre-pouvoirs démocratiques, les OSC sont indépendantes des gouvernements et définissent leurs programmes d’actions en toute autonomie. Cet agenda doit toutefois s’inscrire dans un dialogue ouvert avec les pouvoirs publics : pour inciter les gouvernements à mener des politiques publiques favorables au développement durable ; pour garantir les droits syndicaux et le dialogue social ; pour développer des formes innovantes de financements publics et de coopération au développement adaptées aux enjeux mondiaux contemporains ; pour promouvoir la construction d’Etats de droit démocratiques, stratèges et solidaires qui sont la clé du développement mondial. De plus, cet ancrage social passe par un dialogue permanent avec la société et, en particulier, le partenariat avec les initiatives citoyennes émergentes qui viennent régulièrement renouveler l’engagement social et questionner les modalités de celui-ci, comme en témoignent notamment le mouvement des jeunes pour le climat ou les débats sur la décolonisation des relations internationales et de la coopération au développement.

La construction d’alliances citoyennes internationales est un moyen privilégié pour peser sur les enjeux mondiaux. Face aux crises mondiales et aux tentations de repli sur soi, la seule réponse adéquate et durable est le renforcement de la coopération internationale. C’est dans ce but que nous inscrivons nos stratégies et cherchons à développer des synergies à travers l’approfondissement et l’élargissement de coalitions de la société civile et de partenariats globaux, afin de contribuer à la reconstruction écologique et sociale du monde post-Covid.

Charte adoptée par l’AG du CNCD-11.11.11 le 11 juin 2022.