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La pandémie ne doit pas pousser la Belgique à baisser son aide au développement, mais à l’augmenter

Arnaud Zacharie Arnaud Zacharie 29 juin 2021

A l’entame des discussions sur le budget fédéral 2022, il serait problématique pour les pays les plus pauvres, durement touchés par la pandémie de COVID-19, que l’aide belge au développement fasse les frais de nouvelles coupes budgétaires. Non pas seulement parce que le gouvernement s’est engagé à augmenter le budget de la coopération belge dès 2021, mais surtout parce que les pays en développement en ont cruellement besoin.

Les négociations qui ont débuté sur le budget fédéral 2022 s’annoncent difficiles, alors que la secrétaire d’Etat au budget a annoncé qu’il faudrait « se serrer la ceinture les dix prochaines années » pour compenser l’impact budgétaire de la crise du coronavirus Covid-19
Coronavirus
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. Une telle perspective serait doublement problématique. D’une part, le retour de l’austérité ne manquerait pas de provoquer les mêmes effets récessifs et les mêmes conséquences sociales, environnementales et démocratiques néfastes que par le passé. D’autre part, le risque est grand de voir le gouvernement faire de l’aide publique au développement coopération au développement
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une variable d’ajustement budgétaire privilégiée, avec pour effet de réduire les moyens disponibles pour financer les objectifs de développement durable dans les pays partenaires, comme ce fut le cas à partir de 2011.

Le risque est grand de voir le gouvernement faire de l’aide publique au développement une variable d’ajustement budgétaire

Car – faut-il le rappeler ? – les conséquences de la pandémie de COVID-19 ont été dramatiques pour les pays en développement. Outre les millions de morts, 120 millions de personnes supplémentaires ont basculé dans l’extrême pauvreté et 114 millions d’emplois ont été perdus dans le monde rien qu’en 2020. Les travailleurs du secteur informel, qui représentent 70% des travailleurs dans le monde en développement, sont les plus affectés par les baisses de revenu et les pertes d’emploi.

Les perspectives pour 2021 ne sont pas plus réjouissantes. L’extrême pauvreté continue d’augmenter alors que nombre de pays en développement font face à une nouvelle vague de contaminations. L’accès inégal aux vaccins a pour effet de prolonger la durée de la pandémie et ses conséquences économiques et sociales néfastes dans les pays en développement. La baisse des revenus et la hausse des prix alimentaires menacent en outre des millions de personnes de famine. La hausse de l’indice des prix alimentaires de la FAO est la plus élevée depuis 2011, lorsqu’elle avait déclenché le printemps arabe.

80% des mesures de soutien économique ont eu lieu dans ces pays, alors que la majorité des pays à faible revenu sont en situation de risque de surendettement.

Les pertes économiques attendues par rapport aux prévisions d’avant la pandémie sont nettement plus élevées dans les pays en développement que dans les pays développés, pourtant lourdement touchés. Des interventions sans précédent des banques centrales, ainsi que l’expansion des déficits budgétaires à des niveaux records, ont permis jusqu’ici d’éviter une crise de la dette et de réduire l’impact économique et social de la crise mondiale. Mais cela est resté le privilège des pays riches : 80% des mesures de soutien économique ont eu lieu dans ces pays, alors que la majorité des pays à faible revenu sont en situation de risque de surendettement.

Alors que les soutiens budgétaires envisagés par les pays développés s’élèvent à 22,6% du PIB, ils ne représentent que 6,2% dans les pays en développement – et même parmi eux seulement 2,4% dans les pays à faible revenu. Les pays en développement, en plus d’être confrontés à des contraintes budgétaires beaucoup plus strictes, voient leurs recettes fiscales et les financements extérieurs diminuer. Le G20 a décidé d’instaurer un moratoire sur la dette des pays à faible revenu jusqu’à la fin de l’année 2021, mais cela ne permet que repousser un problème qui risque de ressurgir dramatiquement en 2022.

Si rien n’est fait, c’est une décennie de progrès en matière de lutte contre la pauvreté qui risque d’être réduite à néant

Si rien n’est fait, c’est une décennie de progrès en matière de lutte contre la pauvreté qui risque d’être réduite à néant, alors que les pays en développement sont censés atteindre les Objectifs de développement durable des Nations Unies à l’horizon 2030. Pour inverser la tendance, il est indispensable d’augmenter le budget de la coopération au développement, comme le prévoit la Déclaration du gouvernement Vivaldi, plutôt que le réduire. Cette dernière stipule en effet que « pour les dépenses de coopération internationale, compte tenu des circonstances budgétaires exceptionnelles, une trajectoire de croissance contraignante sera définie et mise en œuvre à partir de 2021 afin d’atteindre, d’ici 2030, la norme convenue au niveau international, soit 0,7 % du RNB ».

Malgré la hausse de 2,8% enregistrée par l’aide belge au développement en 2020, cette dernière reste insuffisante et inférieure à la moyenne européenne. En effet, la Belgique n’a mobilisé en 2020 que 0,47% de son revenu national brut pour l’aide au développement, bien loin de l’objectif de 0,7% des Nations Unies, mais aussi en-dessous du niveau atteint par les pays voisins. C’est la conséquence de coupes quasi continues au cours de la précédente décennie, qui a vu l’aide belge passer de 0,64% du RNB en 2010 à 0,4% en 2019.

En janvier 2018, l’Appel des 111 Appel des 111 demandait au gouvernement belge de mettre un terme aux coupes opérées dans le budget de la coopération au développement et, au contraire, d’adopter un plan de croissance de l’aide belge au développement menant à l’objectif de 0,7% du RNB. Signé par 111 personnalités belges issues du monde académique (dont les recteurs de toutes les universités belges), des entreprises (dont d’anciens présidents de la FEB et de l’UWE et le secrétaire général de l’UCM), des organisations sociales (dont les responsables des syndicats et mutualités) et du monde culturel, cet appel souligne notamment que « la reconstruction des Etats fragiles ou post-conflits, le financement de l’adaptation au changement climatique, l’éradication des grandes pandémies ou le renforcement des capacités de recherche et de formation représentent des enjeux majeurs auxquels l’aide au développement peut contribuer ».

Alors que la pandémie de Covid-19, la crise économique mondiale, le défi climatique et l’agenda 2030 Agenda 2030 des Objectifs de développement durable nécessitent de renforcer la coopération internationale et de mobiliser des financements conséquents, de nouvelles coupes dans l’aide belge au développement enverraient un signal désastreux aux pays partenaires du Sud. C’est pourquoi le gouvernement belge doit respecter son engagement d’adopter une « trajectoire de croissance contraignante » du budget de la coopération belge au développement dès 2021, car dans un monde de plus en plus interdépendant, on ne sortira durablement de la crise mondiale actuelle que lorsque ce sera le cas partout – y compris dans les pays en développement.

La coopération au développement plus nécessaire que jamais

La coopération au développement plus nécessaire que jamais

CNCD-11.11.11

La crise sanitaire a provoqué une explosion de l’extrême pauvreté dans le monde. Celle-ci a augmenté pour la première fois depuis 20 ans. Face à cette situation, la Belgique doit augmenter les financements pour la coopération internationale dans le budget 2022, en vue d’atteindre son engagement de consacrer 0,7% de son revenu national à l’aide au développement.

Antoinette Van Haute, chargée de l’aide au développement au CNCD-11.11.11 explique la situation et les enjeux en vidéo.

Une version raccourcie de ce texte a été publié dans L’Echo le 29 juin 2021.

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