Aide belge au développement, rapport 2015

Pour sa rentrée politique 2015, le CNCD-11.11.11 publie son Rapport 2015 sur l’aide belge au développement à la veille du Sommet de l’ONU sur les Objectifs du développement durable, qui vont succéder aux Objectifs du millénaire.

Le rapport annuel du CNCD-11.11.11 sur l’aide belge au développement a pour objectif de décortiquer les différentes dimensions de la coopération belge. Après un bref retour sur le contexte international, il analyse successivement les évolutions en termes de quantité de l’aide, d’efficacité et de cohérence des politiques pour le développement. Il revient enfin sur le bilan des Objectifs du millénaire et les perspectives dessinées par les Objectifs de développement durable destinés à leur succéder.

En matière de quantité de l’aide, les volumes d’aide au développement coopération au développement
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ont stagné entre 2013 et 2014, que ce soit au niveau belge, européen ou mondial ; par conséquent, l’engagement des pays donateurs d’atteindre 0,7% de leur revenu national brut (RNB) en 2015 est largement hors d’atteinte. Au niveau mondial, l’aide totale des pays donateurs de l’OCDE a plafonné à 135 milliards de dollars, soit seulement 0,29% de leur RNB (contre 0,30% en 2013). Plus préoccupant encore est le fait que l’aide destinée aux pays les plus pauvres a baissé de 16% en termes réels. Au niveau européen, les 19 pays européens membres de l’OCDE voient également leur aide stagner à 0,42%, soit le même niveau qu’en 2013. Seuls cinq pays donateurs de l’OCDE atteignent l’objectif de 0,7% en 2014 : le Danemark, le Luxembourg, la Suède, la Norvège et le Royaume-Uni.
Au niveau belge, l’aide stagne elle aussi à 0,45% du RNB, après plusieurs années de baisses successives depuis 2010, lorsque l’aide belge représentait encore 0,64% du RNB. Cette stagnation de l’aide belge est d’autant plus préoccupante que le Gouvernement belge a décidé de coupes budgétaires allant de 150 millions d’euros dès 2015 à 279 millions d’euros en 2019, soit une moyenne de 216 millions d’euros par an entre 2015 et 2019, ce qui fera baisser le niveau de l’aide belge sous la barre des 0,4% du RNB.

En matière d’efficacité de l’aide, l’arrivée d’une nouvelle coalition gouvernementale et d’un nouveau ministre a entraîné plusieurs évolutions politiques. D’une part, le nombre de pays partenaires de la coopération gouvernementale belge est passé de 18 à 14 pays – tous des pays africains (à l’exception de la Palestine) et des pays moins avancés (à l’exception dela Palestine et du Maroc). Le processus de concentration dans les pays les plus pauvres et les États fragiles est donc renforcé. D’autre part, la Belgique conditionne son aide au respect de critères de « bonne gouvernance », ce qui a abouti en 2015 à la suspension de l’aide au Rwanda, à l’Ouganda et au Burundi. Cette sélectivité démocratique de l’aide belge est une nouvelle orientation politique qui poursuit des objectifs louables mais doit être utilisée avec prudence, tant les problèmes de gouvernance sont récurrents dans les États fragiles que sont la plupart des pays partenaires de la Belgique. Enfin, plusieurs réformes ont été lancées, notamment dans le but de réduire le nombre de partenaires de la coopération multilatérale et d’approfondir la concentration de l’aide non-gouvernementale.

En matière de cohérence des politiques en faveur du développement (CPD), le nouveau dispositif institutionnel adopté par le Gouvernement précédent s’est progressivement mis en place : les analyses d’impact des politiques belges dans les pays en développement, l’instauration d’une Commission interdépartementale et la mise en place d’un Conseil consultatif de la société civile. Toutefois, une Conférence interministérielle sur la CPD n’a toujours pas vu le jour, ce qui prive les instances mises en place de l’interlocuteur politique dont elles ont besoin – étant donné que les domaines concernés par la CPD dépassent de loin les compétences du seul ministre de la Coopération au développement.

Enfin, l’année 2015 est celle du bilan des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) et de leur remplacement par les nouveaux Objectifs de développement durable (ODD). Ces nouveaux objectifs, censés être atteints en 2030, abordent des domaines beaucoup plus larges que les OMD, tels que l’industrialisation, les modes de production et de consommation, les inégalités ou encore la justice. Ces ODD seront par ailleurs universels, c’est-à-dire qu’ils sont censés être atteints pour tous les États membres de l’ONU, et plus par les seuls pays en développement. Déclinés en 17 objectifs et 169 cibles, ils nécessiteront d’être adaptés dans des plans d’action nationaux et d’être évalués par un secrétariat doté d’un mandat politique suffisamment ambitieux.

Ce rapport a été rédigé par le CNCD-11.11.11, en concertation avec la coupole flamande 11.11.11 - Koepel van de Vlaamse Noord-Zuidbeweging, sous la direction de Nicolas Van Nuffel et Arnaud Zacharie et avec la collaboration, entre autres, de Rachel De Plaen et Antonio Gambini.